Mylène Blanc
Si le loup n’y est pas
Framboise Estéban
Le Païcherou
| © Mylène Blanc / Framboise Estéban 2010 - tous droits réservés |
Photographies contemporaines
Une proposition de Cyril Rouge
Salle d’exposition de la Médiathèque de Fontenilles
du jeudi 19 Août au mardi 14 Septembre 2010
Rencontre avec les artistes le vendredi 10 septembre 2010
à partir de 18 heures
Médiathèque de Fontenilles : 7, rue du 19 mars 1962 - 31470 FONTENILLES
Si le Loup n’y est pas
| © Mylène Blanc 2010 - tous droits réservés |
Si le loup n’y est pas… Le titre de cette suite photographique est d’une comptine ou d’une chansonnette, revenue du temps des jeux secrets.
De l’enfance, les images de Mylène Blanc ont ce regard sous lequel les choses comme les êtres sont dotées d’âmes ; ce regard qui embrase pour le comprendre un monde caché, inventé avec des bouts de ficelle et des bouts de papier, des brindilles et des cailloux, autant d’intercesseurs dérisoires. Ce regard est peut-être celui, cruel, des petites filles modèles. Lorsqu’il s’exerce, il suscite des pattes de poulets coupées, des poissons plantés sur des pics, un dos percé des cornes, un corps crachant la plante parasite qui le pollue, un ventre plein de plumes de poulet.
Il n’est pas question de faire mal en opérant ces collages monstrueux. Tout se joue, car c’est bien de jeu dont il s’agit, dans une candeur presque effrayante, le temps d’un cri de chouette.
Dans chaque photographie, une inquiétude court. Elle est d’une animalité. L’hiver est un long mammifère à poils blancs, long comme un serpent, angora comme le chat de la petite voisine. Il augmente l’espace entre la terre et les astres pour mieux boire les rayons du soleil. Il les absorbe en griffures glaçantes.
Et ce tas de terre sur le carrelage, qui gratte la rétine… La démangeaison devient celle d’un secret. Présence incongrue, venue là on ne sait comment ni par quelle volonté, et pour signifier quoi ? Qui est donc cette taupe invisible, sinon le souvenir d’un autre sol, plus profond, recouvert par le bâti, ses dalles en béton, ses carreaux émaillés parfaitement jointés ? Un sol commun affleure, plus profond, fondant la présence de ceux qui le foulent sans plus le voir.
Un petit amas de terre qui dirait, moins le travail du mammifère fouisseur, l’essence des rassemblements humains, ainsi qu’un Cairn, amoncellement de pierres laissé derrière soi pour signifier son passage à ceux d’après, en les rassemblant autour d’une absence de même intelligence et de même croyance qu’eux.
Il faut le courage des petites filles – cette insouciance - pour déterrer ce que l’on voulait trop enfouir.
La plupart des photographies constituant cette série ont été prises à l’intérieur, dans le séjour d’une demeure en milieu rural. D’autres viennent du dehors, mais le tapis de feuilles rappelle celui d’un salon, et le bleu du ciel prend un blanc de chaux. Aucune de ces images n’est d’une extériorité. Elles sont toutes « du dedans », d’un monde intérieur révélé, contaminant les apparences, la surface des choses, en tissant des liens insolites, en séparant les évidences trop bien ficelées.
Au nombre des petits objets magiques, j’isolerai la brindille servant de poignée au masque de goupil. C’est une baguette de sourcier, l’attribut d’un don ancestral. C’est l’outil des trouveurs de sources, de ceux qui révèlent les circulations souterraines. Associée à la figure du renard, symbole de la ruse populaire, la baguette fait jaillir un esprit, substituant au visage attendu un très archaïque masque. Mémé Lulu est une sorcière. Elle sait invoquer les esprits animaux. Dans ses pensées court le roux du maître des fourrés.
Ce passage du visage au masque ouvre sur l’envers du portrait. Où, d’ordinaire, on ramène tout à la Sainte Face (archétype de la visagéité), Mylène convoque une créature surgie de la forêt et des songes.
Le secret de famille ne se laisse pas déterrer sans peine. Il dit son existence, la trahit en signes multiples, en constructions symboliques. C’est un puzzle dont bien des pièces manquent.
Plus qu’un fait, plus qu’une image se substituant à une autre, c’est une circulation qui est suggérée : où l’on pourra aller et venir, si le loup n’y est pas.
Cette attention à ne pas décrire, pas plus qu’à illustrer, est ce qui sauve l’ensemble du « petit théâtre oedipien ». Même si ce sont justement, les parents, qui prêtent leurs corps à l’expérience, devenus complices d’un amusement dangereux dont le sens ne peut pas complètement leur échapper puisqu’il révèle en profondeur ce qui habite leurs corps comme leurs maisons.
La photographie, dans l’imaginaire et la symbolique qui sous-tendent son usage, est une opération merveilleuse. Du temps de l’image « argentique », ne parlait-on pas de «révélation» ? Et la chambre était « noire », comme une magie.
Vera Icona ou image vraie, miroir sans inversion, reflet juste de la vie, et possible entrée vers une meilleure compréhension du réel, la photographie sait aussi être une porte vers l’autre monde, celui des morts et des esprits. Celui des vérités occultées.
Qu’est qu’un sorcier ? Le mot dérive de sourcier. Un trouveur de flux souterrains. Un manipulateur d’affects. Qu’est qu’un chaman? Un chaman est un être capable de recouvrer les objets perdus, d’entrer en relation avec le monde des esprits, de lire les songes, de prédire l’avenir.
Ces photographies sont d’un chamanisme – un peu de pacotille certes, et qui s’avoue comme tel - c’est là sa touche d’humour.
Mylène Blanc est une sourcière. Plus que les eaux souterraines, elle sait aussi trouver le chemin de leurs tarissements. Elle met en scène avec les siens la résurgence d’un monde jusqu’alors recouvert par sa terre même, celui de la paysannerie. Elle convoque des objets qui avant d’être bêtes comme chou savaient guérir des plaies.
Davantage que des images, ces photographies sont des « Imago », représentations imaginaires plus ou moins conscientes qu’une personne se fait d’elle-même et de ses parents. « Imago » déjouée pourtant, dont on s’amuse, en collages enfantins. Le ventre de la « mère poule » se couvre de plumes de poulet. Cela n’a rien d’une blague, il s’agit d’un coup de vaudou.
Le talent de Mylène revient à réactiver du lien, impliquant tous les siens en quête de leurs origines et de leur identité, à la recherche de ce qui fonde de manière essentielle leur présence sur cette terre, à plus d’une raison « la leur ». Tout cela avec une sorte d’espièglerie désarmante, une candeur envoûtante, servies par une maîtrise du « médium » - la photographie.
Le Païcherou
| © Framboise Estéban 2010 - tous droits réservés |
« Le Païcherou » : voici un nom étrange, d’une autre langue dirait-on, « pas de chez nous » diraient d’autres. Le Païcherou signifie « au bord de l’eau », en patois. C’est le nom d’un établissement – lieu de danse et de restauration - qui sonne à nos oreilles d’une manière un peu désuète et qui a la saveur des fleurs fanées – des fleurs délavées lorsqu’elles sont imprimées en motifs sur des robes d’été.
Ce mot nous parle d’un temps passé, de gens d’avant. Ils sont pourtant toujours là, ces gens, ils l’habitent de temps en temps, ce lieu. Le temps d’une danse en soirée où le dimanche après-midi.
Framboise Estéban a rencontré cet endroit voilà plus de dix ans, tandis qu’elle travaillait à un reportage sur la rénovation du Pont Vieux, édifice qui conduit de la ville nouvelle à la Cité de Carcassonne. En ce lieu, le bord de l’Aude a pris pour elle un nom nouveau, qui lui fut dit et expliqué par les habitués d’une guinguette fondée en 1870 – Le Païcherou.
Un lieu, des gens, et leurs histoires mêlées dans le rythme de la musique et des danses, voilà ce qu’elle a trouvé là.
Rédacteur de ce texte, je me trouve dans une position particulière. Si je ne connais pas le Païcherou autrement que par ces images, je suis néanmoins familier de celle qui s’est donné pour objectif, le temps d’un projet, d’en photographier certains clients. Je me suis également trouvé, comme ces gens sur les photos, de l’autre côté de l’objectif, dans un face-à-face dont le but était de me transformer en image. J’ai vu Framboise travailler. J’ai mesuré l’attention qu’elle porte aux lieux où elle opère, à la lumière qui les révèle et les traverse. Il y a cette tension presque palpable, pour que soient accomplis des gestes précis, efficaces, des gestes de professionnelle. Et malgré ces efforts de concentration, j’ai éprouvé la légèreté qu’elle apporte à la situation, avec un savoir-faire d’un tout autre ordre qui consiste à mettre à l’aise son sujet. Elle bavarde sur un ton léger, pour que l’on oublie les manipulations complexes et les changements de points de vue qu’elle effectue.
Framboise ne travaille pas avec un appareil à visée directe (reflex). Elle utilise un moyen format à visée « optique ». L’image est vue « par au-dessus », laissant le regard du photographe libre. La machine de vison ne fait pas « masque », elle ne vient pas recouvrir la face de l’opérateur en se substituant à elle. Ainsi, tandis que tout est réglé, un vis-à-vis se poursuit, avec des regards et des sourires.
Ce récit d’une expérience personnelle ne nous éloigne pas de la série qui nous regarde ici. Il permet au contraire de comprendre à son sujet quelque chose d’essentiel. Dans ces images, il n’y a aucun regard direct, qui est la marque de nombreux portraits. Le visage du sujet n’est pas plongé dans l’objectif. Il s’offre toujours à un autre regard, qui après avoir paramétré son outil s’en libère pour revenir à ce qu’il regarde vraiment, à ce qui véritablement le regarde : l’autre compris dans sa présence, et la relation qu’ils ont en partage elle et lui par-delà le protocole photographique.
De la série Le Païcherou se dégage un sentiment de présence frappant. Ils sont là, ces danseurs, tous âgés, tous marqués par le temps qui passe et finira bien par gagner. Ils se tiennent devant nous, dans des postures qui voudraient en dire long de chacun, sans vraiment rien trahir pourtant.
Chaque image est le témoin de cette relation dans l’instant, d’un face à face assumé ou biaisé qu’importe, mais vécu sans voile et sans absence, sans coupure. L’obturation est de la machine et c’est une fermeture pour elle seulement. Les yeux du photographe demeurent ouverts. Ils éprouvent l’image en train de se faire.
Photographie documentaire ? Il s’agit plutôt d’un témoignage. Un regard décalé sur ce qu’éprouve le modèle au moment où il devient une image. Entre l’objectif et le regard du photographe, quelques centimètres d’écart sont en jeu. L’un se trouve un peu plus haut que l’autre, un peu plus bas, comme on voudra, selon que l’on se place du point de vue de l’opérateur ou de celui de son outil.
J’insiste ici sur l’acte photographique, sur les conditions de la prise de vue, parce que c’est de cela dont il est avant tout question dans le travail de Framboise Estéban.
On peut s’étonner de ce que certains tirages soient flous et d’autres à contre-jour. Cela tient simplement au fait qu’ici quelque chose d’autre se cherche qu’une prouesse technique. Chaque image doit être la traduction juste d’une relation et d’un être-là. Pour atteindre à cette justesse, le prix à payer peut se jouer dans la perte du résultat que voudrait une définition purement technique et technicienne de l’image. Framboise sait prendre des photographies, mais pour traduire la vérité d’un sujet, elle accepte de lâcher prise, de trahir un manque, de donner à voir un tremblement, le flou d’une mise au point qui se rapproche dans l’émotion d’un moment partagé.
L’échange avec le modèle peut prendre le pas sur le travail bien fait. Il peut faire plier la technique. Dans leur faiblesse, certaines images laissent la place à autre chose. Elles ne perdent rien. Elles gagnent en émotion, en humanité.
Ils défilent devant l’objectif. Il y a leurs regards, leurs postures. Je ne chercherai pas à leur faire dire quelque chose. Leurs images ne parlent pas, elles constatent, muettes. Il y a ce contexte surtout, le Païcherou, dont la lumière est omniprésente puisque c’est elle qui baigne ces corps et permet qu’ils soient fixés sur la pellicule. C’est de cette lumière que voudrait nous parler Framboise, puisque c’est d’elle seulement que sait nous parler la photographie, de ce qui la suscite. C’est par elle qu’elle s’écrit, en fixant le temps.
Il y a cette relation aussi. Une jeune femme est venue, avec sa technique, avec des outils, rencontrer des personnes plus ou moins âgées, dans une guinguette, au bord de l’eau. Ils se sont regardés, elle a pris des images, en a fait une série après. Dans chaque regard de danseur il y a un peu de Framboise, de sa présence face à eux. Elle est d’une jeunesse, d’autres lieux, d’une beauté à laquelle ils n’ont pas renoncé, dont ils savent encore être l’expression par leur force de vie même. Ensemble, ils dansent. Et ces images de perpétuer les mouvements, malgré leur fixité, de nous donner à entendre la petite musique, dans leur silence même.
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Photographies contemporaines
Une proposition de Cyril Rouge
Il n’est plus besoin aujourd’hui de défendre la photographie comme art. Cet objet « sensible » porté par des moyens industriels et servi par des technologies de pointe (quand il n’est pas, comme trop souvent « à leur service ») a su trouver le chemin des galeries et des lieux de monstration. Il est présent dans les musées, les galeries, et son champ de visibilité déborde largement l’enceinte des lieux spécialisés. On ne compte plus les événements et les institutions qui lui sont dédiés à travers le monde.
Pourquoi exposer des photographies dans une médiathèque ?
La pertinence d’une telle proposition procède des spécificités du contexte qui la porte. S’agissant d’une médiathèque, c’est-à-dire un lieu de la « culture pour tous » ou du moins de la « culture à mise à la portée du plus grand nombre », dans un idéal proprement «démocratique», l’image photographique me semble devoir tenir une place de choix. Œuvre de la reproductibilité mécanique, la photographie présente quelque familiarité avec le livre. L’une comme l’autre sont des objets « multipliables » à volonté, qualité propre à faire d’eux des « choses publiques», appréhendable par beaucoup. Livre et photographie ont le don d’ubiquité et peuvent gagner l’intimité de chacun, objets véritablement « en partage ».
Forme d’expression populaire et accessible, vecteur d’une démocratisation de notre relation à l’image et à l’esthétique, la photographie peut être définie, après Pierre Bourdieu, comme un Art Moyen – c’est-à-dire des classes moyennes. Son étymologie nous rappelle qu’il s’agit aussi d’une forme d’écriture (graphie) mettant en jeu la lumière (photo). Quoi de plus normal alors qu’elle sache trouver sa place parmi des livres, en couvertures desquelles elle se positionne déjà très souvent.
Mylène Blanc et Framboise Estéban
Pour contenter la pensée analytique qui domine la plupart des approches esthétiques actuelles et le besoin de catégories inhérent à celle-ci, nous pourrions opposer le travail de Framboise Estéban à celui de Mylène Blanc. Dans le premier, nous affirmerions alors une approche caractéristique du documentaire, portée par une logique de l’instantanéité et du « pris sur le vif ». Le second pourrait quant à lui être défini comme un projet de « photographie plasticienne » où l’image serait plus longuement construite, au prix d’une mise en scène. Il serait également possible de faire jouer le portrait (Framboise Estéban) contre la nature morte (Mylène Blanc). Ces catégorisations, sans être totalement dépourvues d’intérêt, ne me semblent pas conduire bien loin.
Je préfère m’arrêter un peu à ce qui pourrait relier ces deux démarches, les points par lesquels elles me semblent « tenir ensemble » pour aller d’un même pas – sans doute un pas de danse.
L’élément essentiel de ce rapprochement me paraît être l’implication du « photographiant » dans l’image qu’il produit. Les images exposées, d’une série comme de l’autre, nous donnent à voir quelque chose de qui les produit.
Il ne s’agit pas d’une contamination de l’espace de visibilité et du sujet qu’il accueille par un « je » porteur d’ego et de narcissisme.
Cette implication, discrète, nous rappelle que faire œuvre, c’est avant tout se « mouiller », accepter d’envisager ce que d’ordinaire on se refuse de voir, par trop de confort et de lâcheté. Etre artiste, c’est selon moi se tenir à l’endroit où d’ordinaire nul ne tient ni ne soutient plus rien et accomplir cela en toute conscience, dans un éveil complet à soi-même et aux autres.
Donner à voir ce que l’on ne regarde pas, ce qui ne nous regarde plus, tel m’apparaît l’un des enjeux de ces œuvres.
Un autre lien important à mon sens relève justement de cela, du « lien ». Mylène comme Framboise mettent en jeu des relations. Il y a tout d’abord, je viens de l’évoquer, ce qui les relie à leur sujet, cette empathie libérée d’un pathos habilement tenu à distance, domestiqué. Il y a la relation des corps à l’habit et à l’habitus : vêtements, objets et cadre de vie.
Le lieu et le lien
Par ce cheminement, nous arrivons au point qui me touche le plus, en tant que regardeur mais aussi en tant que porteur de projet : si Mylène et Framboise nous montrent des objets et des gens, c’est pour nous donner à connaître autre chose. Cet « autre chose » est de l’ordre du lieu. La terre des parents et des ancêtres dans les photographies de Mylène Blanc. La Guinguette d’un Carcassonne populaire et dansant malgré le poids des ans dans les photos de Framboise Estéban.
Ces images renvoient à la ruralité, à des manières d’être ensemble, à des formes de sociabilité (la famille, le cercle de danseur). Elles sont aussi en lien avec une vieillesse qu’il nous faudrait sans doute parvenir à envisager autrement afin de réformer une société en perte de liens et de vitesse. Pour toutes ces raisons, j’ai voulu inviter les photographies de Mylène et de Framboise à Fontenilles. Village dynamique, en passe de devenir une petite ville par la présence chaque année plus nombreuses de nouveaux habitants, il ne doit pas oublier de considérer ceux qui en constituent le « noyau dur », une population qui a vécu par la terre et pour elle.
Des images pour tous et pour chacun
Par le choix des formats (taille modeste des tirages) et celui des sujets, ces images sont d’une approche humble et humaine. Elles revendiquent une photographie qui se tient à la portée des gens.
Comme tout acte artistique véritable ces images ménagent une place à l’autre, à son regard comme à sa sensibilité, afin que chacun puisse venir habiter ce qu’il découvre. Cette ouverture est d’une générosité, d’un échange. J’espère que chaque visiteur de l’exposition saura accueillir cette fête de l’esprit et des sens à laquelle elles convient.
© Framboise Estéban 2010 |
Tous les textes contenus dans cet article : Cyril Rouge 2010 - Tous droits réservés

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